Ingénierie Pédagogique :
Le Guide Ultime (2024)

Ingénierie pédagogique, ingénierie de formation, ingénierie financière de la formation… L’ingénierie occupe aujourd’hui une place importante dans l’univers de la formation professionnelle et du développement des compétences. 

Le concept d’ingénierie pédagogique, l’équivalent made in France de l'Instructional Systems Design (ISD) présent depuis le début du xxe siècle dans les pays anglophones, est en fait relativement récent dans l’hexagone. 

Une démocratisation tardive qui découle notamment de la nécessité de dissocier le processus de conception pédagogique des autres aspects de la conduite d’un projet de formation. Mais qui traduit aussi l’évolution de l’approche en matière de formation professionnelle. Car désormais, il ne s’agit plus vraiment de transmettre, mais bien de faciliter l’apprentissage et l’acquisition des compétences tout au long de la vie.

Que vos équipes soit composée de commerciaux, vendeurs, techniciens ou encore guichetiers, la capacité à développer leurs compétences est cruciale pour leur réussite et celle de votre entreprise. Mais comment s'assurer que les formations proposées répondent vraiment à vos besoins spécifiques sur le terrain ? Comment garantir qu'elles apportent des outils concrets et immédiatement applicables dans leur quotidien professionnel ?

C'est là qu'intervient l'ingénierie pédagogique moderne, une approche qui vise à concevoir des formations sur mesure, adaptées aux réalités du terrain et aux objectifs de chaque métier. Fini le temps des formations théoriques déconnectées de la pratique ! Aujourd'hui, l'accent est mis sur l'acquisition de compétences directement utiles dans le travail quotidien des équipes sur le terrain.

Ce guide vous aidera à comprendre :
  • Comment les formations sont conçues pour répondre à vos besoins spécifiques
  • Quels sont les nouveaux outils et méthodes utilisés pour rendre l'apprentissage plus efficace et engageant
  • Comment vous pouvez contribuer à améliorer les formations proposées dans votre entreprise
  • Quelles sont les tendances futures qui vont transformer la formation professionnelle
  
Chapitre I

Qu'est-ce que l’ingénierie pédagogique dans la formation ?

Définition de l'ingénierie pédagogique

Pour définir l’ingénierie pédagogique, commençons donc par nous intéresser aux deux mots composant ce terme dont la diffusion, dans la sphère de la formation professionnelle et de l’enseignement, est arrivée sur le tard.

D’une part, nous avons « l’ingénierie ». Celle-ci est définie comme la conception, l’étude globale, d’un projet (industriel) sous tous ses aspects (techniques, économiques, financiers, sociaux), coordonnant les études particulières des spécialistes. D’autre part, « pédagogique » qui relève de la pédagogie, elle-même définie comme la science de l’éducation. Enfin, nous reviendrons sur ce dernier point un peu plus loin.

Une fois accolés côte à côte, les deux termes désignent ainsi un travail d’ingénierie visant à permettre aux individus d’acquérir des connaissances, compétences ou aptitudes.

L’ingénierie pédagogique est donc une démarche structurée dont le but est de concevoir, d’aménager ou de transformer un dispositif d’apprentissage afin d’optimiser l’efficacité de la formation. Pour cela, le processus implique notamment d’intégrer différents paramètres comme :

Paramètres ingénierie pédagogique

Il s’agit à la fois d’un procédé technique et d’une méthode scientifique puisque l’ingénierie pédagogique nécessite d’articuler les différents aspects d’un projet (financiers, logistiques, matériels et humains) et d’y inclure la psychologie de l'apprentissage.

 

Pour bien comprendre, faisons le parallèle avec un architecte qui serait chargé de la construction d’un bâtiment. 

D’abord, le cabinet prend connaissance du cahier des charges remis par le maître d’ouvrage. Ensuite, il mobilise son expertise, l’ingénierie de la construction, pour concevoir un projet sur mesure. Et ainsi proposer une solution en réponse aux objectifs décrits au cahier des charges.

Puis, il gère la construction de l’ouvrage en faisant appel à d’autres spécialistes. Il réalise ensuite plusieurs points d’étape jusqu’à la livraison, prévoit une éventuelle levée de réserves et procède à la remise des clés.

La logique de l’ingénierie, au sens large, est donc de partir de « données brutes », d’une problématique, pour donner vie à un projet, la solution. Il s’agit en quelque sorte de cheminer d’un point A pour atteindre le point B. Et ce, de la manière la plus efficace possible.

Un ingénieur pédagogique réalise le même travail qu’un maître d'œuvre pour créer un dispositif de formation. Or, tout comme notre cabinet d’architecture, il n’atteint pas les résultats visés sans appliquer certaines méthodes. 

Modèle ADDIE : 5 étapes essentielles de l'ingénierie pédagogique

En tant qu’expert de la pédagogie, l’ingénieur pédagogique cherche à construire la meilleure stratégie pour répondre aux besoins de développement des compétences. Pour cela, il peut s’appuyer sur différents modèles. Parmi ceux-ci, une référence bien connue dans l’environnement de la conception pédagogique : ADDIE.

Le modèle de conception pédagogique ADDIE est utilisé par bon nombre d’experts depuis plus de 30 ans. Cette méthodologie propose la construction de dispositifs pédagogiques en 5 étapes : l’Analyse, le Design, le Développement, l’Implémentation et l’Évaluation.

A comme analyse du projet éducatif

Selon ADDIE, l’analyse est la première étape du travail d’ingénierie pédagogique. 

L’enjeu de cette phase préliminaire est de cerner les objectifs de formation. Mais aussi d’étudier en détail d’autres caractéristiques comme le :

  • contexte d’apprentissage ;
  • public cible de la formation ;
  • système logistique (moyens humains et matériels alloués) ;
  • facteur temps ;
  • budget.

 

Ceci afin de réaliser un diagnostic précis du projet pédagogique et d’en clarifier les contours, si nécessaire. Pour cela, l’analyse doit se faire à plusieurs niveaux. 

D’abord, l’analyse des objectifs de formation. Cette partie a pour but de déterminer les effets attendus du dispositif, notamment en matière de compétences et de savoir-faire, d’une part, et d’en définir les modes d’évaluation d’autre part.

Ensuite, vient l’analyse des apprenants visés. À ce niveau-là, il s’agit de s’intéresser aux bénéficiaires de la formation. Qui sont-ils ? Quel est leur niveau d’étude ? À quelle génération appartiennent-ils ? S’il y a des prérequis, en disposent-ils ? Il faut en quelque sorte brosser le portrait-robot de la population à former en vue de retenir les modalités d’apprentissage les plus pertinentes par la suite.

Puis, l’analyse de la logistique du projet. L’intérêt étant alors de faire l’inventaire des ressources — quelle que soit leur nature — disponibles et nécessaires : matériel pédagogique existant, locaux, équipements informatiques et techniques…

 

Grâce à l’analyse des éléments recueillis, l’ingénierie pédagogique permet alors d’opter pour un parcours plutôt qu'un autre afin d’être le plus pertinent possible. 

Ainsi, la phase d’analyse du projet éducatif est essentielle puisqu’elle sert de point de départ au travail de conception pédagogique. D’ailleurs, elle représente souvent un volet important de la démarche. Cela dépend le plus souvent de l’importance et de la complexité des projets de formation.

D comme design de la formation

Dans un second temps, le modèle de conception pédagogique ADDIE prévoit une phase de design. C’est-à-dire de formalisation et de structuration du projet d’apprentissage

Plus concrètement, cette étape implique de traduire les données collectées lors de la phase d’analyse en un projet pédagogique concret. En résumé, c’est à ce moment-là que le travail de conception commence vraiment :

  • les compétences à atteindre deviennent des objectifs pédagogiques ;
  • le dispositif de formation est défini ;
  • les moyens pédagogiques (techniques, outils et supports) sont précisés.  

 

C’est donc lors de cette phase de design que toute l’architecture du projet de formation est construite. Ce cahier des charges pédagogique fait ensuite l’objet d’une restitution pouvant prendre la forme d’un storyboard ou même d’un prototype, par exemple.

D comme développement du projet pédagogique

Comme nous l’avons vu, le D précédent sert à mettre la stratégie de formation et son contenu « sur le papier ». Une fois que ce design est validé, vient la troisième phase de l’ingénierie pédagogique selon ADDIE : le développement.

Cette étape du développement prévoit alors de :

  • sélectionner et récolter les enseignements à dispenser ;
  • scénariser les activités pédagogiques ;
  • fabriquer les outils et supports de cours.

 

À ce moment-là, on passe ainsi de la théorie à la production puisqu’il est désormais question de remplir la structure créée. Ce qui signifie concevoir toutes les ressources utiles au programme de formation comme les supports des apprenants, la « boîte à outils » des formateurs ou le contenu digital (vidéos, questionnaires, animations, etc.).

L’ingénieur pédagogique est un expert de la conception, mais pas nécessairement des sujets à enseigner ni des technologies utiles à la création d’une formation. Lors de la phase de développement, il peut ainsi faire appel aux compétences des experts métiers, des enseignants, formateurs… Ainsi qu’à celles d’un concepteur pédagogique ou d’un motion designer, par exemple.

D’une manière générale, l’ampleur de cette troisième tâche d’ingénierie pédagogique peut varier. En effet, une fabrication complète demandera toujours plus de travail que la simple actualisation des méthodes et dispositifs utilisés par un formateur. 

Par ailleurs, il est toujours préférable de clôturer le développement par un contrôle qualité. C’est-à-dire vérifier que le contenu de formation permet d’atteindre les objectifs pédagogiques. S’assurer que l’enchaînement des modules de formation est logique. Contrôler la cohérence et l’homogénéité des ressources, etc.

I comme implémentation de l'activité pédagogique

La quatrième étape du modèle ADDIE est la phase d’implémentation de la formation. Elle correspond à la mise en place, la diffusion et la gestion des activités pédagogiques auprès des apprenants et formateurs. 

L’implémentation inclut notamment les différents aspects pratiques nécessaires au bon fonctionnement du dispositif comme :

  • la formation du formateur chargé d’animer les cours ;
  • l’engagement de la communauté apprenante ;
  • l’organisation de l’environnement d’apprentissage.

 

Dans les faits, plusieurs paramètres peuvent influer sur la réalité de la formation. Cela va dépendre du mode de formation choisi  : en présentiel, en distanciel, ou les deux, synchrone ou asynchrone. 

D’un point de vue plus global, il convient également de prendre en considération les relations avec les formateurs externes, la maintenance des éventuels équipements… 

En bref, l’implémentation concerne tout ce qui a trait à l’organisation ordinaire de la formation professionnelle en condition réelle.

E comme évaluation du processus d'apprentissage

Enfin, l’évaluation constitue la cinquième et dernière phase du modèle ADDIE. Après le processus de création et la mise en œuvre de l’action de formation, il faut évaluer le dispositif. Ceci afin d’en contrôler la pertinence, l’efficacité et la qualité au regard des objectifs pédagogiques et de formation.

En effet, rappelez-vous : qu’est-ce que l’ingénierie pédagogique ? Une démarche de conception d’un dispositif d’apprentissage visant à maximiser l’efficience de la formation.

Par conséquent, l’évaluation implique de s’intéresser à plusieurs indicateurs :

  • les résultats et effets de la formation auprès des apprenants (taux de participation, taux de complétion, taux de satisfaction, taux de réussite…) ;
  • les coûts engendrés par le dispositif (prise en charge des déplacements des apprenants, frais inhérents aux équipements, factures des formateurs externes…).

L’évaluation permet ainsi d’établir si l’ingénierie pédagogique a répondu aux ambitions visées d’une part, et de dresser un bilan des attendus par rapport aux coûts réels pour l’organisation d’autre part. 

En fonction des évaluations menées et de leurs résultats, le dispositif peut ensuite être ajusté avant la mise en place des prochaines formations.

ADDIE, une approche de l'ingénierie pédagogique reconnue et modulable

ADDIE est en quelque sorte le dinosaure des modèles de conception pédagogique. D’ailleurs, dans certains cas, d’autres méthodes sont aujourd’hui plus efficientes et plus agiles.

Cependant, s’il est perçu comme séquentiel, et donc un peu rigide du fait des 5 phases successives, il ne doit pas pour autant être considéré comme strictement linéaire. En effet, la phase d’évaluation est souvent utilisée pour valider chaque étape. Cette récurrence permettant alors de corriger certains points avant de passer à l’étape suivante de l’ingénierie pédagogique.

Par ailleurs, il existe aussi deux autres versions du modèle : ADDIEM et PADDIE+M. La première (ADDIEM) inclut une étape supplémentaire dédiée à la maintenance des outils et ressources pédagogiques. Ce qui permet d’améliorer les outils et les ressources utilisés pendant la formation. 

La seconde étant augmentée de deux paliers(PADDIE+M) :

  • P = la planification en amont de l’analyse. Cette phase de planning permet de fixer un cadre temporel au projet.
  • M = comme pour le modèle ADDIEM le pallier maintenance est ajouté en aval du procédé complet.

Ainsi, ADDIE reste encore très efficace et adapté à bon nombre de problématiques d’apprentissage puisqu’un expert en ingénierie pédagogique peut aussi bien l’utiliser pour :

  • concevoir des formations en présentiel ;
  • créer une formation en e-learning ;
  • former des individus seuls ou en groupe. 

 

Concepts et outils utilisés en ingénierie pédagogique

Il faut bien comprendre que l’ingénieur est un expert de la pédagogie au sens large. Son rôle ne se limite donc pas aux aspects techniques évoqués un peu plus haut. 

Pour être efficace lors de la création des parcours de formation, il doit ainsi maîtriser différents concepts ou outils propres aux sciences de l’éducation. En fait, c’est même pour cette raison que nous avons parlé de « méthode scientifique ». Car c’est grâce à ses connaissances sur l’art d’enseigner qu’il peut définir la meilleure approche éducative à adopter. 

Voici une liste non exhaustive des méthodes, concepts et notions que le chef d’orchestre de l’ingénierie pédagogique appelé aussi “ingénieur pédagogique” doit posséder dans sa « boîte à outils ». 

Stratégies d'apprentissage pour toutes les équipes, même celles sur le terrain

En matière d’enseignement, un concept suggère que les apprenants auraient chacun une préférence pour apprendre. C’est ce que l’on appelle les stratégies d’apprentissage. 

Or, nous l’avons vu, la prise en compte du profil des apprenants est une dimension essentielle de l’ingénierie pédagogique. Cette approche psychologique visant à mieux connaître les bénéficiaires de la formation, et indirectement leurs préférences, fait partie intégrante du processus de conception pédagogique. 

En ce sens, l’ingénieur pédagogique peut s’appuyer sur bon nombre de théories sur le sujet. Celles-ci sont d’ailleurs si nombreuses, allant parfois jusqu’à se contredire, qu’il a l’embarras du choix. 

 

Cependant, en pratique, ce n’est pas vraiment le modèle utilisé qui compte. Mais plutôt l’application des stratégies d’apprentissage à la conception pédagogique.

En intégrant ce concept, l’ingénieur peut ainsi varier les approches (format, modalités, outils…). Et, de ce fait, proposer un dispositif adapté à un plus grand nombre d’apprenants. Les stratégies de formation seront notamment différentes pour les collaborateurs sur le terrain, qui ont des profils spécifiques et des besoins propres. On ne forme pas de la même manière des personnes derrière un bureau, jamais en déplacement, et des techniciens sur un chantier et sans ordinateur pro à disposition. 

Progression pédagogique

La progression pédagogique est un principe fondamental du travail d'ingénierie pédagogique en formation. En effet, cette méthode vise à simplifier l’apprentissage, et ce, en instaurant une dynamique de progrès tout au long du parcours.

Pour cela, il revient aux ingénieurs pédagogiques de :

Progression pédagogique

Par ailleurs, la mise en place d’un enchaînement structuré et logique des éléments d’apprentissage répond à deux enjeux : améliorer le suivi et dynamiser l’engagement. 

Ainsi, la progression pédagogique permet aux formateurs de suivre l’avancement des stagiaires pas à pas. En parallèle, les apprenants s’approprient plus facilement la formation puisque leur évolution devient palpable d’un module à l’autre. 

Modèle Kirkpatrick

Nous l’avons vu en explorant le modèle ADDIE, l’évaluation fait partie intégrante du procédé d’ingénierie pédagogique. En ce sens, nous avons d’ailleurs évoqué les deux principaux aspects de l’évaluation de la formation : les résultats et effets vis-à-vis des bénéficiaires d’une part, et les coûts du dispositif d’autre part.

Pour construire cette évaluation, les ingénieurs pédagogiques disposent de plusieurs méthodes parmi lesquelles le modèle Kirkpatrick « Evaluating training programs : for levels ». Présenté en 1959 dans une série d’articles de la revue de Training and Development Journal, Donald L. Kirkpatrick, Professeur Emérite, en est le créateur.

Il s’agit d’un modèle d’évaluation de la formation professionnelle comprenant 4 niveaux différents : réactions, apprentissages, comportements, résultats organisationnels. Ceux-ci sont classés de manière hiérarchique, en fonction de la difficulté à récolter l’information. Ce qui signifie que le niveau 2 permet d’obtenir une évaluation plus précise que le niveau 1, et ainsi de suite.

Pour mieux comprendre, voici les 4 « étages » du modèle Kirkpatrick expliqués.

Niveau 1 du modèle Kirkpatrick : Réactions

L’évaluation des réactions des stagiaires de la formation permet de jauger leur satisfaction vis-à-vis du parcours d’apprentissage suivi. En clair, il s’agit d’apporter une réponse à la question suivante : quelle est leur perception de la formation ? Qu'ont-ils apprécié de la formation ?

Ce premier niveau est le plus facile à déployer, car généralement mis en œuvre à l’aide d’un questionnaire fourni à l’issue des séquences. En revanche, il n’apporte aucune information quant à l’acquisition des connaissances.

Niveau 2 du modèle Kirkpatrick : Apprentissages

L’évaluation des apprentissages vise à mesurer le degré de savoir après la formation : qu’ont vraiment appris — et retenu — les apprenants ? À noter qu’il peut aussi s’agir de connaissances, de compétences ou de savoir-être. 

Encore une fois, l’organisation de cette analyse est relativement simple. Elle peut, par exemple, se faire lors de mises en pratique ou de tests de performance. Cependant, les résultats ne permettent pas d’apprécier dans quelle mesure ces nouveaux apprentissages sont mobilisés au quotidien par les individus formés.

Niveau 3 du modèle Kirkpatrick : Comportement

Au troisième échelon du modèle Kirkpatrick, l’enjeu est de connaître le niveau d’application des enseignements au travers de l’évaluation du comportement. On cherche donc à déterminer s’il y a un changement dans les pratiques du public ayant suivi les dispositifs de formation.

Pour cela, les enquêtes ou l’observation sur le terrain servent à vérifier si les apprentissages sont transférés en condition réelle. Toutefois, ces évaluations du comportement des apprenants ne fournissent aucune indication quant à l’atteinte des objectifs du projet.

Niveau 4 du modèle Kirkpatrick : Résultats

En dernier lieu, le quatrième niveau du modèle Kirkpatrick s’attache à mesurer l’impact de la formation à l’échelle de l’organisation. Le but est alors d’établir si les résultats obtenus sont à la hauteur des objectifs visés et dans quelle mesure.

Augmentation de la productivité, amélioration de la qualité, baisse des accidents de travail… Plusieurs indicateurs peuvent servir à l’évaluation des résultats de la formation. 

Néanmoins, il est souvent difficile de démontrer la corrélation entre les deux variables : formation et indicateurs. Par conséquent, l’évaluation des résultats est souvent plus complexe à mettre en œuvre et à exploiter. C’est pourquoi elle constitue le dernier palier du modèle.

Modernisé il y a un peu plus de 10 ans, le modèle d’évaluation de la formation de Donald Kirkpatrick, créé à la fin des années 50, est, encore aujourd’hui, toujours aussi pertinent. Simple à comprendre et à mettre en place, il s’adapte à tous les dispositifs de formation, quelles qu’en soient les modalités : présentiel, distanciel, formation hybrides, Afest… Jack J Phillips (expert de renommée mondiale en matière de responsabilité, de mesure et d'évaluation) a proposé en 1991 un cinquième niveau, celui de l’évaluation du retour sur investissement. Ce dernier apparaît comme une exigence sine qua none de performance et de preuve de non gaspillages des fonds de l’organisation.

Dans le cadre des projets d’ingénierie pédagogique, il s’inscrit alors comme un outil essentiel des ingénieurs.

Chronobiologie en formation

La chronobiologie se définit comme l’étude des rythmes biologiques. Appliqués à la formation, ces rythmes biologiques deviennent des éléments constitutifs des dispositifs d’apprentissage.

Pour bien comprendre, appuyons-nous sur un exemple concret. Un ingénieur pédagogique applique ce concept et s’attache à prendre en considération les cycles naturels des apprenants pour articuler les séquences de formation

 

En fonction de la chronobiologie, il prévoit ainsi que le formateur réalise :

  • un module interactif pour aborder une notion simple sur la première partie de la matinée (phase de « réveil ») ;
  • une séquence plus théorique, voire complexe, en milieu de matinée (phase d’attention maximale) ;
  • un atelier pratique jusqu’à la pause déjeuner (phase de baisse de la concentration), etc.

 

L’idée est donc d’optimiser la diffusion des apprentissages aux moments les plus opportuns : quand la communauté apprenante est la plus réceptive. Et, ainsi, d’adapter l’approche pédagogique en alternant les modules simples, plus difficiles, les activités ludiques…

En théorie, la chronobiologie est d’abord prévue pour la formation en présentiel. Mais en pratique, elle s’adapte aussi bien à l’apprentissage à distance : en fonction du contenu pédagogique, les classes virtuelles peuvent par exemple être organisées selon l’état chronobiologique des personnes à former. 

Andragogie et pédagogie

Au début de ce guide, nous avons proposé une définition de l’ingénierie pédagogique en nous appuyant sur la signification des deux mots qui composent ce terme : ingénierie d’une part, et pédagogique d’autre part.

 

Cependant, nous avons volontairement « réduit » la pédagogie à la science de l'éducation. Pourquoi ? Vous allez tout de suite comprendre. En effet, la définition de la pédagogie proposée par Le Petit Robert de la langue française précise : « Science de l’éducation des enfants, et par extension, de la formation intellectuelle des adultes ». 

Une définition qui s’adapte bien à la réalité du métier puisque, nous y reviendrons, un ingénieur pédagogique peut aussi bien concevoir des dispositifs pour la formation des adultes ou l’éducation des plus jeunes.

 

Toutefois, il existe en réalité un néologisme pour désigner les méthodes d’enseignement destinées aux adultes. Il s’agit de l’andragogie. 

Créé il y a plus de 150 ans, le concept s’est d’abord popularisé sous l’impulsion de Malcolm Knowles, fondateur d’une théorie sur la formation des adultes. Puis, il s’est ensuite démocratisé au sein de l’environnement de la formation continue. Notamment grâce à l’avènement de la digitalisation de la formation.

Or, l’andragogie est un concept qui s’oppose par nature à celui de la pédagogie. Cette opposition est d’ailleurs simple à comprendre. Les motivations, attentes, envies et obligations des adultes vis-à-vis de la formation diffèrent de celles des enfants. Par conséquent, les approches, modalités, contenus et ressources ne peuvent pas être similaires.

 

Ainsi, l’ingénieur pédagogique doit maîtriser les méthodes associées aux deux concepts, andragogie et pédagogie, afin de construire un programme de formation adapté au public visé

 

Comment définir l'ingénierie pédagogique ? La conclusion

En résumé, l’ingénierie pédagogique est une discipline aux multiples facettes. Entre génie de la conception, méthode scientifique, psychologie, gestion de projet et environnement numérique, elle permet la mise en place de parcours efficients. Tant d’un point de vue pédagogique, humain que financier, contribuant ainsi à préserver, à tout prix, la qualité de l’enseignement et l'engagement des apprenants.

     
Chapitre II

Les principales innovations pédagogiques fin XXᵉ - début XXIᵉ siècle

Depuis toujours, les enseignants et formateurs s’approprient de nouvelles théories et méthodes. Puis, ils les diffusent au moyen de ressources et outils de plus en plus performants, eux-mêmes issus de l’innovation technologique, venant ainsi répondre aux enjeux de la société actuelle et de demain.

Voici un aperçu des principales innovations pédagogiques qui ont bouleversé le monde de l’éducation et de la formation depuis la fin du XXᵉ siècle.

E-learning

Le-learning est un moyen de former à distance grâce aux outils du numérique. Cette méthodologie permet alors de dispenser un programme de formation logique et structuré de manière asynchrone. Cela est particulièrement adapté aux populations sur le terrain, qui ont besoin de contenus accessibles à tout moment, et sur le device de leur choix.

L’objectif du e-learning est de faciliter l’apprentissage continu en proposant un accès aux ressources pédagogiques en ligne. Les participants peuvent ainsi se former quand ils le souhaitent, sans être contraints par les modalités de la formation classique. Un impératif pour les équipes sur le terrain, qui ne disposent pas toujours d'un ordinateur ou de temps long pour se former au quotidien. 

L’e-learning apporte différents avantages :

Avantages e-learning

Les différents avantages du e-learning cités plus haut poussent de plus en plus d’organisations ou centres de formation à faire le choix de l’apprentissage en ligne

 

Classe inversée

La classe inversée est une approche d’apprentissage qui vise à découvrir une notion, un enseignement, avant d’assister au cours. La chronologie est dite inversée, car, contrairement à la pédagogie traditionnelle, tout l’aspect théorique de la formation est réalisé en amont par les apprenants.

La mise en pratique et l’échange ne viennent que dans un second temps lors d’un cours supervisé par un formateur. Ceci en vue de favoriser l’assimilation et l’enrichissement des enseignements découverts de manière autonome.

Ainsi, le positionnement des formateurs et enseignants est modifié. Leur rôle n’est plus de transmettre le savoir qu’ils détiennent, mais d’accompagner l’acquisition des connaissances ou compétences.

Initiée à l’université d’Harvard dans les années 90, la classe inversée est de plus en plus populaire, car elle contribue notamment à  :

  • rendre la formation plus interactive ;
  • développer l’autonomie des apprenants ;
  • individualiser l’apprentissage ;
  • promouvoir le tutorat par les pairs ;
  • favoriser l’apprentissage par la mise en pratique ;
  • améliorer l’adhésion et l’engagement des élèves vis-à-vis de la formation.

 

Classe virtuelle

La classe virtuelle est un concept d’apprentissage qui permet de réaliser une session de formation à distance. Ainsi, grâce à la visioconférence, le formateur et les apprenants se réunissent de manière synchrone dans une salle de classe fictive.

Les membres du groupe de travail peuvent ainsi se voir, échanger, réfléchir ou faire des exercices pédagogiques en ligne

Malgré l’éloignement, l’interactivité est essentielle à ce mode de formation. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui rend la classe virtuelle propice à la mise en place d’une approche pédagogique horizontale, au moins en partie.

En général, la durée moyenne d’une classe virtuelle est comprise entre 1 h et 1 h 30. De ce fait, la progression pédagogique est souvent bien plus morcelée que pour les formations en présentiel.

Si elle existe depuis plusieurs années, la crise sanitaire a largement contribué à démocratiser la classe virtuelle. Selon l’enquête Transformations, Compétences et Learning publiée par Cegos, 69 % des organisations françaises ont opté pour la mise en place de classes virtuelles en 2021.

 

Social Learning

Le social learning, ou apprentissage par les pairs, est une méthode éducative dont le but est de déployer l’action de formation en mettant à profit le caractère social des individus.

Dans les faits, il s’agit de créer un environnement d’apprentissage permanent, propice à l’entraide et au partage des connaissances. Ceci afin de faire de la formation une expérience partagée et de capitaliser sur la diffusion des savoir-faire internes. 

Lors des formations en mode social learning, encore souvent considérées comme informelles, les stagiaires sont formateurs et apprenants en même temps. Ce qui tend à favoriser l’enrichissement mutuel et à développer la cohésion du groupe. 

 

Blended Learning

Le blended learning est un procédé éducatif mêlant la formation dispensée en présentiel aux cours réalisés à distance. Ainsi, l’objectif est de mettre en œuvre un parcours d’apprentissage combinant les avantages des deux types de formation : en salle et en e-learning.

Du côté des apprenants, l’intérêt du blended learning est de favoriser leur autonomie. Et ce, sans être privés de l’accompagnement d’un formateur. Ils apprennent ainsi à leur rythme, accèdent aux ressources pédagogiques à n’importe quel moment et s’impliquent plus facilement dans leur parcours de formation.

En ce qui concerne les entreprises, organismes de formation et structures d’enseignement, l’apprentissage mixte contribue à :

  • réduire les difficultés inhérentes à l’organisation des sessions de formation en présentiel
  • former plus d’apprenants, tout en améliorant l’efficacité des apprentissages ;
  • réduire les coûts de formation et participe à une meilleure gestion du temps.

 

Pédagogie immersive

La pédagogie immersive est une modalité de formation qui permet aux apprenants de s’immerger dans une situation professionnelle imaginaire pour apprendre. 

Ce type de formation s’appuie donc sur la perception — et les réactions sensorielles ou émotionnelles qu’elle génère — des stagiaires plongés dans une réalité alternative. Pour cela, l’on utilise les outils de la réalité virtuelle (VR) ou de la réalité augmentée (AR). Dans un contexte pédagogique, ces derniers permettent alors de :

  • intégrer des gestes ou comportements professionnels en se mettant dans la peau d’un autre ;
  • découvrir un environnement éloigné ;
  • collaborer à distance ;
  • appréhender des situations complexes et stressantes. 

 

Avec la pédagogie immersive, toute l’attention de l’apprenant est focalisée sur l’acte de formation. Cette mise en pratique favorise ainsi le développement des compétences en situation réaliste, sans toutefois prendre de risques professionnels.

L’immersive learning est par exemple utilisée dans le cadre de la formation professionnelle des étudiants en médecine. Ou encore pour l’entraînement des astronautes, à l’image de l’expérience « Pilote » conduite par Thomas Pesquet lors de la mission Alpha

Alors que tout ceci relevait encore de la science-fiction il y a quelques années, c’est aujourd’hui possible grâce à l’évolution des technologies numériques. Et, plus particulièrement, du fait de la démocratisation de la réalité virtuelle, augmentée, mixte et des serious games

 

Afest, action de formation en situation de travail

L’Afest, action de formation en situation de travail, est un processus pédagogique s’appuyant sur l’activité professionnelle en elle-même. Cette méthode d’enseignement vise ainsi à « rendre le travail apprenant ». 

En ce sens, la mise en place du dispositif prévoit 3 étapes essentielles afin de structurer l’Afest :

3 étapes de lAfest

En réalité, apprendre sur le terrain auprès des collègues expérimentés est probablement l’un des plus anciens moyens d’apprendre dans le cadre de la formation continue. Cependant, la loi précisait encore il y a peu qu’un salarié devait bénéficier « d’un temps libéré pour apprendre ». Impliquant, de ce fait, la possibilité d’être formé sur le temps de travail, mais à l’extérieur du milieu professionnel. 

Finalement, le changement viendra de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel. Depuis, l’Afest est sortie du giron de la formation informelle pour s’inscrire comme un dispositif de formation à part entière.

 

Microlearning

Le microlearning est une technique pédagogique permettant de fragmenter l’enseignement en capsules de formation de courte durée (moins de 5 minutes). Le microlearning répond ainsi à plusieurs enjeux de la formation professionnelle :

  • former les apprenants sur le terrain ATAWAD (tout le temps, partout, sur tout support) ;
  • favoriser l’acquisition de savoirs précis ;
  • promouvoir l’indépendance des apprenants formés.

La méthode du micro apprentissage est basée sur la répétition. Ceci afin de combattre la courbe de l’oubli telle que définie par Ebbinghaus. Par ailleurs, cette approche pédagogique s’adapte à différents contextes de formation : préparation et/ou révision d’un cours en présentiel, d’une mise en pratique technique ou encore onboarding.

Cette technique pédagogique apporte certains avantages comme par exemple :

Avantages microlearning

  
Chapitre III

Les enjeux de l’ingénierie pédagogique dans l’éducation

Quand on évoque l’ingénierie pédagogique, on y associe (presque toujours) l’innovation en matière de méthodes éducatives d’une part, et l’innovation technologique d’autre part.

D’une certaine manière, c’est assez légitime. Car, tandis que le digital s’installait tranquillement dans l’environnement éducatif, la pandémie est venue rebattre les cartes. Le numérique s’est alors illustré comme la seule solution disponible pour maintenir les enseignements

Mais une problématique de taille s’est alors présentée aux écoles françaises, centres de formation et entreprises : le présentiel était encore bien ancré dans les usages.

Bon nombre de formats et moyens d’apprentissage n’étaient plus adaptés. Et c’est ainsi que l’innovation technologique est entrée en marche forcée dans l’univers de la formation professionnelle.

Si, comme nous l’évoquions quelques lignes plus haut, ingénierie pédagogique et innovation technologique vont souvent de pair, c’est parce qu’aujourd’hui il semble désormais difficile de construire des dispositifs d’apprentissage sans y intégrer ces nouveaux outils de la formation.

Alors, quels sont les enjeux de l’ingénierie pédagogique dans l’éducation ? Dans son étude Confinement et continuité pédagogique, la Fondation l’Intelligence Artificielle pour l’École — Institut de France démontre à quel point ils sont en réalité nombreux :

  • rendre la pédagogie française plus performante ;
  • réduire les inégalités par l’individualisation des parcours pédagogiques ;
  • valoriser la progression ;
  • booster l’autonomie des apprenants ;
  • familiariser dès le plus jeune âge aux écosystèmes présents dans l’enseignement supérieur, puis en entreprise.

Mais aussi mieux accompagner les élèves, étudiants et travailleurs en situation de handicap. Maintenir le lien social. Ou encore élargir les apprentissages, aux savoir-être, à la gestion des émotions…

  
Chapitre IV

Les tendances de l’ingénierie pédagogique en 2024

La digitalisation des parcours pédagogiques

La crise sanitaire, les confinements successifs et la généralisation du télétravail ces deux dernières années ont considérablement contribué au développement des espaces numériques de travail (ENT).

Une réalité qui s’est également traduite à l’environnement de la formation professionnelle puisque le numérique s’est illustré comme la solution pour assurer la continuité pédagogique.

Or, la plupart des organisations — entreprises, écoles, centres de formation — qui n’avaient pas encore intégré le digital à leurs pratiques ont dû se rendre à l’évidence : transposer des cours du présentiel en distanciel ne s'improvise pas.

C’est même tout le contraire. Les formations en ligne disposent de leurs propres codes, méthodes et outils afin de garantir la réussite des apprenants.

Mais la pandémie n’est pas le seul moteur de la digitalisation de la formation. Croissance de la technologie, exigences accrues de la communauté apprenante, nouvelles dispositions légales, nouveau regard des dirigeants sur la formation… 

C’est en fait tout un ensemble de facteurs combinés qui contribue à la transformation de la formation professionnelle que nous connaissons. Et, plus particulièrement, à l’essor de la digitalisation des dispositifs d’apprentissage.

Or, un tel bouleversement ne peut se faire sans impacter l’expertise qui sert à construire les parcours de formation : l’ingénierie pédagogique.

Les ingénieurs doivent ainsi s’adapter aux nouveaux enjeux et s’approprier les outils du digital learning pour créer des formations pertinentes et agiles, mais aussi de plus en plus digitalisées. Et, de ce fait, de plus en plus innovantes.

 

La révolution de l'adaptive learning

Comment rendre la formation plus efficace et plus attrayante à la fois ? C’est la question à laquelle tentent de répondre bon nombre d’ingénieurs pédagogiques lors du design d’un projet de formation

En effet, comme nous l’avons vu, l’adaptation d’un dispositif de formation à la cible visée est une composante essentielle de l’ingénierie pédagogique. En ce sens, l’adaptative learning, aussi appelé apprentissage adaptatif, permet d’aller encore plus loin dans la personnalisation du parcours de formation. 

Mêlant neurosciences, intelligence artificielle et big data, cette méthode éducative vise à proposer un déroulé pédagogique ultra personnalisé. Notamment en fonction des besoins et du profil d’un apprenant. 

Pour cela, les algorithmes sont au cœur de cette approche : ils analysent les données et, en fonction, « poussent » les séquences de formation vers l’apprenant. 

Le fonctionnement de l’adaptative learning repose donc sur la performance des algorithmes.

Toutefois, la conception des grains pédagogiques et l’articulation des parcours relèvent quant à elles toujours de la compétence des ingénieurs.

Taux de complétion, taux de réussite, retour sur investissement… Les résultats des parcours adaptative learning sont souvent plus élevés que pour d’autres modalités. De même, l’analyse de la performance des formations est également plus fine puisque des évaluations récurrentes sont réalisées tout au long du parcours.

 

L'importance de l'expérience apprenant

Dans le cadre de la formation professionnelle, développer et promouvoir l’expérience apprenant est désormais primordial. En effet, il s’agit de donner envie d’apprendre pour contrecarrer un obstacle de taille : l’absence d’engagement pour la formation. Bien souvent, les équipes sur le terrain n'ont pas envie de passer des heures à se former et beaucoup ne voient pas la valeur ajoutée de la formation. Il est donc essentiel de leur proposer une expérience apprenant qui donne envie !

Car, dans le contexte actuel, proposer des formations (dont les enjeux ne sont pas toujours compris) ne suffit plus. Aujourd’hui, les dispositifs de formation doivent être considérés — et perçus — comme des moyens d’accomplissement professionnel.

Un changement de paradigme donc qui prend de l’ampleur et implique souvent une refonte des stratégies de développement des compétences. Et, de ce fait, de l’architecture de la formation elle-même.

Alternance des modalités pédagogiques. Recours à la technologie suivant le concept du BYOD (Bring Your Own Device). Intégration de nouveaux intervenants experts de différentes disciplines (compétences techniques, soft skills, développement personnel…). Diversité des approches en formation, etc. 

Toutes ces démarches visent à transformer les parcours de formation classiques en véritables expériences pour la communauté apprenante. Et ce, dans l’ambition de susciter son adhésion et son engagement.

Or, vous rappelez-vous les objectifs de l’ingénierie pédagogique cités précédemment ? Faire évoluer, rendre différents et plus efficients les apprentissages afin de faciliter l’acquisition des connaissances des personnes formées.

En réalité, on peut considérer le développement du concept d’expérience apprenant non plus comme une tendance, mais presque comme l’un des nouveaux fondements de l’ingénierie pédagogique.

 

Le nouveau rôle des formateurs

Entre digitalisation de la formation et innovation pédagogique, le rôle des formateurs se modifie et se modernise. Deux principales raisons viennent expliquer cette évolution du métier de formateur. 

À l’origine, le rôle du formateur consistait à transmettre son savoir. Cependant, le rapport aux apprenants a changé. Avec l’expansion des formations en e-learning, ces derniers deviennent de plus en plus autonomes. Une réalité qui tend à gommer le positionnement vertical du formateur.

Ainsi, plus qu’enseigner, le formateur s’attache désormais à accompagner l’apprentissage et l’atteinte des objectifs pédagogiques.  

Par ailleurs, la multiplication des modalités et outils pédagogiques vient également complexifier les parcours de formation eux-mêmes. Désormais, il ne s’agit plus vraiment de construire un module pédagogique seul. Mais plutôt d’appréhender l’action de formation comme un tout composé d’une multitude de dispositifs.

Or, le formateur est avant tout un spécialiste de son domaine d’expertise maîtrisant les manières d’enseigner. Mais cela n’implique pas la connaissance poussée de toutes les évolutions relatives à la pédagogie en formation.

En revanche, cette veille sur les approches éducatives et innovations technologiques incombe à l’ingénieur pédagogique. Il lui revient alors d’accompagner la formation des formateurs. Afin qu’ils s’approprient les particularités des dispositifs d’apprentissage conçus d’une part, et s’adaptent plus facilement à leur nouveau rôle d’autre part.

  
Chapitre V

Entreprises : pourquoi intégrer l'ingénierie pédagogique à son plan de formation professionnelle ?

Il y a peu, nous avons assisté à une prise de conscience massive quant à la corrélation entre la compétence d’une entreprise et la formation continue des collaborateurs.

Il n’empêche que la formation professionnelle reste un univers complexe et soumis à de constantes mutations. Entre innovations pédagogiques, technologiques, avènement de nouveaux métiers… Il n’est pas toujours évident de saisir l’intérêt de l’ingénierie pédagogique quand il s’agit de construire des formations en entreprise. 

Voici 4 avantages, directs ou indirects, qui vous aideront à mieux comprendre pourquoi il est désormais essentiel d’intégrer l’ingénierie pédagogique à votre plan de formation professionnelle pour vos équipes sur le terrain.

 

L'ingénierie pédagogique et la performance de l'entreprise

L’ingénierie pédagogique consiste à construire des dispositifs de formation adéquats en vue de soutenir les ambitions, en matière de performance, d’une entreprise. 

Comme nous l’avons vu précédemment, la conception pédagogique nécessite une phase d'analyse plus ou moins importante selon le projet. Ce diagnostic préalable permet notamment de faire un point sur trois niveaux.

D’abord à l’échelle de l’organisation, en identifiant les objectifs stratégiques que la politique de formation doit porter. Puis à l’échelle de la stratégie pédagogique, dont le but est le développement des compétences. Et enfin, à l’échelle des apprenants qui ont leurs propres objectifs d’apprentissage

Il s’agit en fait de réaliser un état des lieux global pour déterminer quels sont les besoins opérationnels, pédagogiques et individuels. C’est ensuite sur cette base que sera structurée l’ingénierie pédagogique. Ceci afin d’optimiser la montée en compétence, avec un grand c, et la performance de l’organisation. On ne forme pas de la même manière l'ensemble de ses collaborateurs. Les équipes sur le terrain ont des besoins et des attentes spécifiques qu'il est nécessaire de prendre en compte pour ne pas les laisser sur le côté. En ligne directe avec les clients, les équipes sur le terrain doivent plus que jamais être formées. C'est pourquoi les dispositifs de formation doivent être également pensés pour eux.

 

L'ingénierie pédagogique et les coûts de la formation interne

La réduction des coûts et l’amélioration de la rentabilité font partie intégrante de la vie d’une entreprise. Après tout, quoi de plus commun que de chercher plus d’efficacité à meilleur prix.

Parmi les différents items d’un cahier des charges d’ingénierie pédagogique, le volet financier est donc un paramètre important. Outre les autres aspects (matériels, humains…) entrant en ligne de compte pour la mise en œuvre du projet, le budget va souvent aiguiller l’ingénieur lors du design du dispositif.

Ce dernier ne cherchera pas systématiquement à réduire le coût de la formation à l’instant T. Mais il veillera plutôt à choisir les modalités d’apprentissage qui permettront à l’entreprise de réduire les frais inhérents à la formation à moyen terme.

 

L'ingénierie pédagogique et la qualité de vie au travail

Autre avantage de l’ingénierie pédagogique : elle contribue, d’une certaine manière, à entretenir la qualité de vie au travail.

Ici les arguments sont assez simples. La prise en compte des attentes et/ou préférences de la communauté apprenante fait partie du travail d’ingénierie pédagogique. Les dispositifs de formation sont donc supposés être mieux adaptés, plus satisfaisants et moins contraignants. 

Ainsi, ils deviennent vecteurs de motivation et d’engagement des employés qui se sentent bien dans leur environnement professionnel.

 

L'ingénierie pédagogique et le modèle de l'entreprise apprenante

Enfin, un dernier point en faveur de la place de l’ingénierie pédagogique au sein des politiques de formation en entreprise : s’engager sur la voie du modèle d’entreprise apprenante.

Rappelons que « entreprise apprenante » ne veut pas dire proposer un nombre incalculable de formations aux salariés. En réalité, l’apprenance est plutôt un état d’esprit dont le but est de créer un environnement d’apprentissage permanent, en toute circonstance, y compris en dehors du temps de formation. Une entreprise apprenante où chaque collaborateur, même celui sur le terrain, se sent intégré et valorisé.

Toutefois, quand une organisation envisage de prendre ce virage, il faut bien qu’elle commence quelque part. La construction, ou la restructuration, d’une stratégie de formation peut être un excellent point de départ, par exemple. 

Nouveaux dispositifs de formation, nouvelles techniques d’animation, nouveaux outils d’apprentissage, nouvelle posture… Indirectement, l’ingénierie pédagogique peut servir de tremplin pour insuffler une nouvelle culture d’entreprise.

   
Chapitre VI

Comment s’adapter à une nouvelle pédagogie quand on est apprenant ?

Définition de l'apprenant

Aujourd’hui largement répandu, le terme d’apprenant désigne une personne qui apprend, qui suit un enseignement. Celle-ci se situant alors dans un contexte qui vise à atteindre des objectifs d’apprentissage, c’est-à-dire l’acquisition de connaissances, de savoir-faire ou de nouvelles aptitudes.

Si l’on applique de manière stricte les définitions proposées par notre ami Le Petit Robert, l'apprenant se différencie donc de l’élève qui lui va recevoir l’enseignement. La nuance peut paraître subtile, c’est vrai.

Toutefois, l’on peut apporter certaines précisions pour dissocier les deux. En effet, les élèves « doivent » recevoir le savoir transmis par les enseignants, c’est une obligation.

À l’inverse, la position de l’apprenant est quelque peu différente. Car, même quand la formation est imposée, par l’employeur par exemple, l’apprenant va combler un besoin ou satisfaire sa curiosité. La motivation et le degré d’engagement ne sont donc pas tout à fait les mêmes.  

 

L'apprenant face à une approche pédagogique qu'il ne connaît pas

Apprendre n’est pas toujours un long fleuve tranquille. La plupart du temps, les élèves sont plus malléables. Il est donc facile pour eux de s’adapter à un nouveau mode d’enseignement

Les apprenants eux ont généralement un « bagage apprentissage » derrière eux. Pour les collaborateurs sur le terrain comme les commerciaux, vendeurs, techniciens ou guichetiers, l'apprentissage peut parfois être déstabilisant. Ces professionnels ont généralement une expérience pratique solide et des habitudes de travail bien ancrées. Au fil de leur carrière, ils ont développé leurs propres méthodes d'apprentissage, souvent basées sur l'expérience directe et l'échange avec les collègues. Ils connaissent ce qui fonctionne pour eux dans leur environnement de travail spécifique.

L'introduction de nouvelles modalités pédagogiques peut donc susciter des réticences, voire une résistance au changement. Comment ces collaborateurs de terrain peuvent-ils s'adapter à une nouvelle approche pédagogique ?

 

S'approprier les objectifs 

Quelle que soit la technique éducative mise en place, ce qui compte avant tout, ce sont les objectifs de la formation. À quoi va-t-elle vous servir ? Que va-t-elle vous offrir ? Il peut s'agir d’une évolution professionnelle, d’un changement de poste, de l’obtention d’une certification, etc.

Cela peut paraître basique, voire évident. Mais quand on est apprenant, il est essentiel de cerner ce que la formation peut nous apporter. En fait, c’est simple : quand on sait où l’on va, finalement peu importe le moyen d’y parvenir, car la motivation booste les capacités d’adaptation.

Appréhender les outils pédagogiques

Avec la croissance du numérique, les nouvelles méthodes d’apprentissage incluent de plus en plus d’outils digitalisés. Certains sont faciles à maîtriser, car directement inspirés de nos habitudes de consommation. C’est par exemple le cas du microlearning et de son support privilégié, le mobile learning.

Il n’empêche que d’autres peuvent être un peu plus complexes à prendre en main. Comme un LMS très élaboré avec de multiples fonctionnalités. Mieux vaut donc prendre le temps d’appréhender le fonctionnement de ces outils en amont. Pour ensuite s’immerger plus facilement dans le processus d’apprentissage.

S'appuyer sur la dynamique du groupe

Créer des relations, trouver sa place, partager son point de vue… La cohésion du groupe de travail lors d’activités pédagogiques en présentiel ou en e-learning permet de surmonter de nombreuses difficultés. 

Et ce, que ce soit vis-à-vis du contenu de formation en lui-même ou de la manière dont on acquiert l’apprentissage.

    
Chapitre VII

Nouvelles technologies et nouvelles pédagogies : à quoi peut-on s’attendre dans le futur ?

Une société prête pour l'innovation

Depuis toujours, la sphère de l’enseignement et de la formation est soumise à de nombreuses mutations. L’environnement change, le progrès technologique va de plus en plus vite et les idées fusent en même temps que la pensée humaine évolue.

Toutefois, dès qu’une situation nouvelle se présente, elle entraîne aussi dans son sillage des problématiques jusqu’alors inconnues. Ou parfois mal maîtrisées. Celles-ci impliquent ainsi de trouver des solutions pertinentes pour continuer à avancer. C’est de là que naît l’innovation dans l’univers de la formation professionnelle tout au long de la vie.

Car ce qui était pertinent hier ne le reste pas toujours aujourd’hui. Et ce qui est valable aujourd’hui ne le sera plus forcément demain. 

C’est presque dans l’ordre des choses. Nous en avons tous fait l’expérience ces deux dernières années. Tout comme nous le voyons déjà dans les comportements des différentes générations X,Y ou Z face à l’enseignement et à l’environnement professionnel. 

 

Une forte influence de l'IA et de la croissance du numérique

La croissance du numérique et de l’IA se poursuit. Autant de signes pour illustrer l’engouement de notre société pour les moyens qui permettent et permettront d’apprendre autrement. Dans ce contexte, il y a donc fort à parier que le futur nous réserve encore de nombreuses innovations.

    
Chapitre VIII

Comment devenir ingénieur pédagogique ?

Qu'est-ce qu'un ingénieur pédagogique

L’avènement d’internet a bouleversé l’apprentissage et la formation. Avec l’apparition des MOOCs, des plateformes d’e-learning, du social learning, de ePortfolios ou des espaces personnels d’apprentissage, la formation se fait dorénavant en ligne.

L’ingénieur pédagogique est un expert de la pédagogie chargé de concevoir des projets de formation en ligne efficaces et pertinents. Et ce, en réponse aux nouveaux besoins d’apprentissage, voire à ceux de demain.

Ainsi, son rôle consiste à créer, organiser, articuler et mettre en œuvre les moyens nécessaires au développement des compétences des individus à former. C’est un peu comme “le prof des profs”.

Souvenez-vous de notre exemple du cabinet d’architecture utilisé au début de ce guide. Tout comme un architecte, un ingénieur pédagogique est spécialiste du travail de conception. 

À ce titre, il applique une méthode scientifique pour créer des dispositifs de formation adaptés aux objectifs de formation (qu’il transforme en objectifs pédagogiques), ainsi qu’à la cible et au contexte d’apprentissage.

Pour cela, ce professionnel maîtrise les différentes méthodes éducatives, y compris celles relevant de la pédagogie innovante. De même, les outils pédagogiques et numériques pouvant servir sa mission n’ont aucun secret pour lui.

Cependant, un ingénieur pédagogique n’a pas besoin d’être un spécialiste de l’expertise à enseigner. Notamment, car il travaille en étroite collaboration avec les experts métiers et s’occupe de vulgariser leurs propos.

D’ailleurs, ce ne sont pas les seuls avec qui l'ingénieur s’associe. Outre les formateurs ou enseignants, il coopère également avec :

  • le public cible d’une part afin de bien cerner les besoins et attentes de la communauté apprenante ;
  • les autres experts qui l’aident lors de la conception et le développement des différents modules de formation (concepteurs pédagogiques, motion designers…) ;
  • les donneurs d’ordres, etc.  

Le métier d’ingénieur pédagogique nécessite un vaste domaine de compétences incluant la psychopédagogie, l’expertise technique de formation et le conseil. Il implique de ce fait une certaine polyvalence, mais aussi une réelle appétence pour la transmission.

Créativité, envie d’apprendre, capacité d’adaptation, bonne gestion des relations interpersonnelles et œil graphique : telles sont les qualités qui font un bon ingénieur pédagogique.

 

Quel parcours de formation pour devenir ingénieur pédagogique ?

Nous l’avons évoqué à plusieurs reprises tout au long de ce guide ultime, l’ingénierie pédagogique est un domaine pluridisciplinaire. Entre la psychologie et les sciences de l’éducation, cette expertise implique ainsi une certaine maîtrise des sciences humaines et sociales. Mais aussi de la technologie, bien entendu.

Comme beaucoup de « nouveaux métiers », les profils peuvent être variés. Néanmoins, l’obtention d’un bac+3 est souvent nécessaire pour devenir ingénieur pédagogique. L’enseignement supérieur propose aussi des parcours « ingénierie pédagogique » au catalogue de formations. C’est notamment le cas de l’INSPÉ de Lorraine ou de l’université de Lille.

 

Quelles perspectives d'emploi quand on devient ingénieur pédagogique ?

L’ingénieur pédagogique peut accompagner n’importe quel type de structure ayant besoin de créer des parcours de formation. Institutions publiques, entreprises, écoles, startups, centres de formation, associations sont autant de clients potentiels pour un ingénieur pédagogique en devenir.

En effet, si la formation professionnelle est désormais devenue un enjeu majeur, c’est encore plus vrai en ce qui concerne la digitalisation de la formation. Les organisations à miser sur l’apprentissage, débloquant des budgets parfois importants, et à faire appel aux métiers de la formation, sont donc de plus en plus nombreuses.

Les perspectives sont les mêmes dans l’enseignement supérieur dont le plan de relance numérique prévoit, entre autres, de :

  • développer l'hybridation et les équipements numériques universitaires en investissant 35 millions d’euros ;
  • recruter des ingénieurs pédagogiques.

Au regard des enjeux, on imagine facilement les opportunités qui s’offrent à ce type de profil. D’ailleurs, France compétences indique un taux d’insertion global à 6 mois de 100 % sur la fiche RNCP « Responsable d’ingénierie pédagogique ». Un ingénieur pédagogique débutant commence sa carrière aux alentours de 2 000 euros net par mois et peut être amené à gravir des échelons pour devenir responsable du projet de formation de l’organisation.

    
Chapitre IX

L’ingénierie pédagogique, levier d’une formation plus efficiente

La crise sanitaire a permis une prise conscience d’envergure vis-à-vis de l’importance de la formation et de la qualité des dispositifs d’enseignement. Aujourd’hui, plus que jamais, il est désormais indispensable pour les organisations et institutions d’investir dans la digitalisation des apprentissages.

A l’avenir la tendance ira vers une hybridation fonctionnelle. Les formations seront entre présentiel et distanciel, synchrone et asynchrone.

Dans ce contexte, l’ingénierie pédagogique tire son épingle du jeu. Cette expertise polyvalente et dans l’air du temps s’illustrant comme la solution incontournable pour construire des dispositifs de formation efficients. Et ce, afin de répondre aux enjeux des organisations d’une part, et aux objectifs d’apprentissage des apprenants d’autre part.

 

 

Sources externes : 

1 : https://dictionnaire.lerobert.com/definition/pedagogie 

2 : https://www.cegos.fr/ressources/enquetes/resultats-2021-du-barometre-international-transformations-competences-learning 

3 : https://www.liberation.fr/sciences/espace/la-realite-virtuelle-avancee-potentielle-pour-les-astronautes-20210421_FUQDRLKF7JEFZBWRWX7U4CFKXI/ 

4 : https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/loi_pour_la_liberte_de_choisir_son_avenir_professionnel-2.pdf 

5 : https://www.iapourlecole.fr/nos-actions/nos-publications/

6 : https://www.francecompetences.fr/

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