RECEVOIR UNE DEMO
SE CONNECTER

Solution Mobile Learning

L'expérience Mobile Learning pour transformer la manière d'apprendre dans votre entreprise 

En savoir plus →

Collaborative Back-office

Back-office ultra intuitif pour une transmission de connaissance instantanée

En savoir plus →

Social Learning Hub

User Generated Content, communautés apprenantes. Récupérez le savoir où il se trouve

En savoir plus →

mobility-menu-product
Menu
RECEVOIR UNE DEMO
SE CONNECTER
mobile learning stories

Mobile Learning Museum  | Blog Beedeez

12/05/21 16:44

Abdel-Marguerite plissa les yeux en regardant l’horizon masqué par les arbres. Du haut de la petite colline où il vivait, il jouissait d’une vue époustouflante sur la forêt qui s’étalait à perte de vue. Abdel-Marguerite avait énormément étudié le mobile learning. C’était un des experts les plus connus en la matière, ce qui lui avait permis de décrocher le titre de conservateur du premier musée du mobile learning - sobrement baptisé le Mobile Learning Museum.  

Il y était bien, mais lui n’aurait pas choisi de faire construire une espèce de manoir design scandaleusement moche et loin de tout. Enfin, à une demi-heure de la ville la plus proche, mais quand même. L’édifice était régulièrement cité sur les réseaux sociaux comme étant le bâtiment le plus laid du pays, mais il en était fier - de l’édifice comme des objets très spéciaux qu’il contenait.

Il vit justement une voiture arriver et ralentir à son niveau. Une grande femme en sortit, élégante dans ses vêtements rétro des années 2020. Abdel-Marguerite sourit. Une touriste qui s’ennuie, devina-t-il. Peut-être allait-il pouvoir lui montrer sa collection. Et plus si affinités.

“- Bonjour, fit-elle, excusez-moi, je suis bien chez ML stories ? On m’a parlé d’une sorte de musée du mobile learning ? Je peux visiter ?”

Bingo. 

Abdel-Marguerite préférait ses habitués, également spécialistes du domaine, mais il s’ennuyait, lui aussi.

“- Si vous voulez bien me suivre…”

 

Apprentissage omniprésent ? It’s a trap !

Abdel-Marguerite ouvrit la grande porte et l’invita à entrer. La pièce, assez vaste, était encombrée de cubes de verres posés sur des meubles en métal compliqués. À l’intérieur, divers objets dignes d’intérêt - du moins pouvait-on l’espérer. Plus ou moins au milieu, deux voitures écrasées l’une contre l’autre attiraient l’attention. 

“- Dites-moi, euh…

- Elle Hèmès. 

- Elle. Abdel-Marguerite, enchanté. Je suppose que vous voyez bien les deux véhicules accidentés. Laissez-moi vous raconter comment c’est arrivé…”

À l’époque, les acteurs du mobile learning faisaient encore la promotion du ATAWADAC : Any Time, Anywhere, Any Device, Any Content. C’était avant les lois de limitation des temps et lieux d’apprentissage. Les modules de mobile learning proposaient tous types de contenus disponibles sur n’importe quel appareil, où qu’on soit, quelle que soit l’heure. Les plans de formation incluant une stratégie mobile learning s’étaient rapidement popularisés, puis généralisés.

Le microlearning avait fortement contribué à ce succès retentissant. Un plan de formation était divisé en courtes capsules, maximum cinq minutes. Pratique pour glisser son temps de formation dans les temps morts de la journée.  Au début, les salariés se connectaient avec leur ordinateur, leur tablette ou leur téléphone. Puis les objets connectés se sont multipliés. Des plus petits gadgets au gros électroménager, tous pouvaient diffuser a minima un podcast. Les gens se sont habitués à apprendre à la carte avec des programmes personnalisés. 

“- C’est la cause de l’accident ?, le coupa Elle. Les gens se formaient via leur voiture et ne faisaient plus attention à la route ?

-Oh, non. Enfin, c’est fréquemment arrivé, mais pas ici. Regardez sur la banquette arrière.”

Une bague s’y trouvait. Une bague connectée. Elle appartenait à une députée assez peu connue, fiancée à un autre député non moins oubliable. Leur couple a connu une célébrité fulgurante lorsque, alors que le fiancé était au volant, sa chère et tendre a accidentellement allumé la bague sur le podcast qu’elle suivait. À savoir “comment tromper son conjoint sans se faire prendre”.  En s’énervant, il a fait une embardée et est rentré en plein dans la voiture d’un autre couple. Enfin, d’un autre couple. D’un couple, parce qu’eux deux, c’était foutu. 

Abdel-Marguerite ricana, très satisfait de sa blague.

“-Figurez-vous que j’ai commencé ma carrière en vendant exactement le même genre de bague ! Et aussi des montres, des stylos, des porte-clés en forme de tout ce que vous voulez, je vais vous dire : nommez une babiole au hasard, il en existe une version connectée. J’ai vendu des yaourts connectés. Des faux cils. Même du papier toilette !

-D’accord, répondit-elle en lui jetant un petit coup d'œil surpris. Mais, et ces députés, il leur est arrivé quoi ?

-Oh, je ne sais pas. La dernière fois qu’on a entendu parler d’eux, c’était il y a quelques années, dans une émission de téléréalité. Les Anges à Pyongyang saison...quelque chose.”

 

Gamification, mondialisation

Ils reprirent leur marche jusqu'à un angle de la pièce. On y voyait plusieurs trophées. La plupart portaient le nom d’Abdel-Marguerite.

“-Oh !, fit Elle, vous avez remporté des tournois de mobile learning ?

- Quelques-uns, quelques- uns, répondit-il en toute fausse modestie. J’ai été consultant en learning sport, aussi. 

-Incroyable, s’extasia son invitée.

Le mobile learning avait également apporté avec lui la gamification des contenus. Chaque petite capsule de formation était parsemée de quiz, de cartes à ranger dans le bon ordre, d’espaces de travail en réalité virtuelle farcis d’énigmes… Les apprenants pouvaient remporter des récompenses symboliques, comme de nouveaux avatars ou succès à débloquer, ou divers cadeaux, voire des primes plus ou moins substantielles. 

C’est Harigo qui organisa les premiers tournois du mobile learning. Le sujet ? Leurs bonbons. Les récompenses ? Leurs bonbons ! Le succès fut tel que de plus en plus d’entreprises se lançaient. La gamification des contenus, elle, continua à s’intensifier. L’apprentissage informel et les neurosciences contribuèrent à la création de jeux de plus en plus complexes, où on apprenait sans même s’en rendre compte.

Bientôt, des tournois inter-entreprises eurent lieu, puis des tournois nationaux, et enfin mondiaux. Abdel-Marguerite avait joué le rôle de consultant auprès de l’équipe française de chimie qui s’était entraînée jusqu’à épuisement, battle après battle. Ils étaient arrivés jusqu’en quart de finale et avaient perdu face à la Côte-d’Ivoire. Le problème qui faisait un peu transpirer les organisateurs de l’événement : la Corée du Nord arriva, elle aussi, en quart de finale. En finale tout court, même. Finale qu’elle gagna, mettant le monde entier devant ce fait indubitable : la Corée du Nord était championne du monde du premier tournoi international de mobile learning jamais réalisé. 

De folles rumeurs coururent : participants entraînés de manière inhumaine, dopage intellectuel, informations assimilées sous hypnose, etc. Il y eut des inquiétudes quant au niveau de la Corée du Nord en la matière. Fabriquaient-ils des armes chimiques ?

Les applaudissements furent assez tièdes à la remise du trophée. Trophée qui, maintenant, se trouvait dans une des vitrines d'Abdel-Marguerite. Il avait eu du mal à le récupérer, mais grâce à quelques liasses de billets piqué au budget du musée et amis d’amis moyennement fréquentables, il y était parvenu.

La plupart des gens ne le croyaient pas quand il disait qu’il était authentique, mais Elle, si. Il commençait à bien l’aimer, cette fille qui buvait ses paroles comme du petit-lait.

 

Révolution nationale

Abdel-Marguerite s’arrêta devant une autre de ses plus belles pièces. 

Il entendit Elle pousser un hoquet de surprise. 

“- C’est le vrai ?!”, s’exclama-t-elle.

-Le seul et l’unique !”, parada-t-il, heureux de voir que l’événement avait suffisamment marqué l’Histoire pour que les nouvelles générations s’en souviennent.

Il faut dire que l’affaire avait été un moment de gêne national. Tout était parti de la montée en puissance du social learning, un peu après celle du mobile learning qui s’était empressé de s’associer à cette nouvelle forme de pédagogie. Sur des plateformes dédiées ou tout simplement entre eux, les gens s’étaient mis à partager des astuces métiers. Des communautés d’apprentissage inter-entreprises énormes avaient commencé à se créer. La circulaire sur le partage des savoirs professionnels a poussé les entreprises à encourager leurs collaborateurs à partager du contenu (évidemment non confidentiel). Les influenceurs spécialisés workstyle avaient poussé comme des champignons et certains s’étaient mis à engranger followers et récompenses, parfois financières, de la part de leurs entreprises. 

L’une des premières et des plus célèbres influenceuses du secteur comptable, une certaine Agrippine, a commencé à avoir des émules. Avant l’apparition du social learning, ce n’était pas une collaboratrice qui brillait par son application au travail. Puis elle s’est mise à maîtriser divers logiciels, à partager ses progressions, ses astuces, et bien évidemment des détails de sa vie quotidienne, hors-sujet certes, mais qui plaisaient à ses fans. Elle était sur tous les réseaux professionnels, tous les learning networks. Ses contenus étaient maîtrisés, quasi-professionnels. En vidéo, elle semblait avoir un charisme fou.

Le seul problème, c’est que l’entreprise employait Agrippine pour s’occuper de la comptabilité, et non donner des astuces à ses collègues comptables, ce à quoi elle employait toutes ses journées. Et donc, après plusieurs avertissements, Agrippine a été licenciée. Ç’aurait été mal la connaître que de la voir partir la queue basse. Dans les dix minutes, tout son réseau était au courant. Des millions de gens se sont indignés sur les réseaux sociaux, ont posté des centaines de messages, rassemblés sous le drapeau du #jesuisagrippine. Les parts de Harigo, son employeur, s’effondraient, les appels au boycott se multipliaient. Les médias relayaient l’affaire avec passion. Plusieurs manifestations avaient même été organisées.

Derrière les parois de verre, le célèbre ordi d’Agrippine, recouvert d'une coque à paillettes et d’hologrammes de cœurs. 

“- Je n’ai jamais su comment s’était terminée cette histoire, lança Elle. Son entreprise l’a réintégrée,  non ?

-Au début oui. Leur image était assez dégradée comme ça, répondit Abdel-Marguerite avec un sourire en coin. Et puis Agrippine a été impliquée dans un clash avec plusieurs autres influenceurs, elle a enchaîné les tweets mesquins, voire insultants. Et là, pouf ! Le pays a retourné sa veste aussi sec contre elle. #agrippinedémission, etc. Et elle s’est encore fait virer.

-Et maintenant ?

-Elle est danseuse de music-hall.

-Vraiment ?!

-Non.”

Abdel-Marguerite rit intérieurement de la naïveté d’Elle. 

“-Personne ne sait ce qu’elle est devenue… Elle s’est faite discrète, et puis on a découvert que le Premier Ministre de l’époque collectionnait illégalement des crocodiles et tout le monde est passé à autre chose. 

-Ah oui. Un crocodile s’était échappé et avait dévoré quinze animaux de compagnie et deux bébés. 

-Oui. Sale affaire. C’est quand même un peu drôle qu’il ait prétendu que le crocodile était en état de légitime défense.”




Un silence s’ensuivit, puis Elle annonça qu’elle devait partir. Abdel-Marguerite était un peu déçu. Il lui restait plein d’objets à montrer. Le mobile learning avait tant changé le monde de la formation, de l’éducation, du travail… Il pourrait lui en parler pendant des heures, exemples illustres à l’appui !

Arrivée près de sa voiture, la jeune touriste se retourna vers lui avec un étrange sourire. 

“-Et le e-learning ? Les LMS ? On n’a pas ce genre de problèmes, avec ces plateformes low-connection. 

-Oh, il y a encore des gens qui utilisent ces trucs ? Laissez tomber. C’est le passé, ça. C’est comme si vous vouliez remplacer votre ordi par une machine à écrire !, rigola Abdel-Marguerite, inconscient du regard furieux de son interlocutrice.

-Et si j’ai envie, moi, qu’on revienne à la machine à écrire au lieu de ce monde de fous où même ma boucle d’oreille me chuchote des conseils pour mieux faire mon boulot !!, hurla Elle. 

Puis elle s’effondra par terre. Une petite boule roula de sa main avant d’éclater en une pluie de paillettes. 

“-J’avais prévu de la faire exploser dans votre musée, avoua-t-elle d’un air dépité. Pour vous montrer qu’il y a encore des gens qui aiment apprendre à l’ancienne. Sauf qu’il faut que je me rende à l’évidence : le mobile learning est indissociable de l’éducation et de la formation professionnelle, aujourd’hui. Mon projet…

-Vous n’y avez jamais vraiment cru, hein ?

-Je pense que j’avais juste envie de croire en quelque chose. De lutter pour une cause juste.”

Abdel-Marguerite laissa passer un instant. Elle avait encore une chose à lui dire, il en était sûr.

“- Agrippine… C’est ma mère. Les réseaux sociaux et son foutu mobile learning, elle ne pense plus qu’à ça. Alors j’ai rendu le mobile learning responsable de...tout ce qui lui est arrivé.”

Abdel-Marguerite resta pensif. Il comprenait la logique de cette fille, mais ne se sentait pas vraiment concerné par ses problèmes. Après tout, s’il avait dû laisser tout ceux qui le désiraient pleurer sur son épaule, il ne serait jamais allé bien loin. Aussi lança-t-il, avec une pointe d’agacement :

“Dites, votre bombe à paillettes, vous auriez pu ne pas la faire exploser du tout. J’en ai plein les chaussures, là.” 

S’inscrire à la Newsletter