Les plus grandes théories de l’apprentissage social

Posté par Melody Durand

Catégories: Peer Learning

Le Social Learning (apprentissage social) s'est vu attribuer de nombreuses théories au fil du temps. La plus célèbre d'entre elles est celle d'Albert Bandura. Ces théories ont permis de grandes avancées dans de nombreux domaines, notamment dans la psychologie, la sociologie ou la criminologie.

La théorie de l'apprentissage social

 

Parmi les bases théoriques qui sous-tendent le Social Learning, la plus connue est la « Social Learning Theory », ou « Théorie de l’apprentissage social », développée dans les années 1960-1970 par le canadien Albert Bandura, chercheur émérite en psychologie sociale. 

Cette théorie met l’accent sur le fait que l’apprentissage repose sur l’observation de comportements effectués par autrui et la prise en compte de leurs conséquences, pour aboutir à une imitation réfléchie. Selon Bandura, ce processus permet de faire l’économie de nombreux essais et erreurs pour acquérir le savoir ou le savoir-faire visé. 

Dans ce cadre, le chercheur appelle « modèle » le comportement imité, et « modelage » l’ensemble du mécanisme qui mène à l’imitation. A noter qu’il ne s’agit pas de simple mimétisme, mais de s’appuyer sur l’observation pour construire ses propres modalités comportementales, en allant jusqu’à générer de nouvelles compétences au-delà du modèle.

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L’apprentissage social mobilise 4 processus distincts :

  1. L’attention, qui doit être de qualité pour que le processus soit fructueux. L’observation doit être active pour permettre à l’apprenant de sélectionner les informations dignes d’intérêt, et d’extraire des règles sous-jacentes à partir du comportement observé.
  2. La rétention, étape incontournable de toute pédagogie. Elle consiste à retenir les points essentiels de ce qui a été observé, grâce à des images mentales ou via leur répétition psychique ou physique.
  3. La reproduction, qui consiste à mettre en pratique ce que l’apprenant a choisi de retenir. Dans cette étape, il faut savoir faire preuve d’auto-observation pour se corriger soi-même.
  4. La motivation, nécessaire pour faire l’effort de l’apprentissage. Elle est stimulée par la perspective de récompenses concrètes ou symboliques – comme par exemple la satisfaction liée à un sentiment « d’auto-efficacité ».

Albert Bandura souligne également que l’on apprend mieux en prenant pour modèle une personne dont on se sent proche. Tout comme l’enfant imite volontiers ses parents, frères et sœurs ou copains, le Social Learning est ainsi d’autant plus efficace qu’il s’appuie sur le partage d’expériences et de connaissances entre des pairs liés par une certaine proximité.

Deux exemples concrets :

  • Partager à l’ensemble de la classe la copie d’un élève qui a bien réussi, ou solliciter de ce dernier une correction au tableau sont de bons exemples d’apprentissage social. En schématisant : l’observation attentive des compétences du bon élève favorise une reproduction bénéfique par ses camarades, motivés notamment par la perspective d’une prochaine bonne note.
  • Un mécanisme similaire sous-tend certaines publicités télévisuelles dont l’objectif est de pousser à imiter certains comportements de consommation en les associant à des bénéfices séduisants. On pense à des messages incitatifs du type « Buvez ce soda et votre vie sera plus pétillante ! », ou encore « Utilisez ce produit de beauté et le monde sera à vos pieds ! ». Sur un consommateur attentif et motivé par la promesse, cela peut fonctionner !

La théorie interactionniste

 

En amont de la théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura, l’intellectuel russe Lev Vygotsky avait déjà souligné, au début du XXème siècle, la composante sociale de l’apprentissage.

L’origine sociale de la pensée humaine

Philosophe, psychologue et pédagogue, Lev Vygotsky a été l’un des premiers à acter que l’enfant est d’abord un être social, et que l’ensemble de son développement – pensée, langage, fonctions psychiques supérieures – est le fruit d’une interaction permanente avec ses parents, les enseignants et les autres enfants. Il affirme que les apprentissages ne sont accessibles que dans le cadre de cette communication avec l’adulte et la collaboration avec les camarades.

Selon sa théorie dite « interactionniste », l’apprentissage passe dans un premier temps par une activité collective, soutenue par un adulte et par le groupe. Il est ensuite consolidé lors d’une activité individuelle qui permet de l’intérioriser.

 

Une théorie 100 % social learning

Appliquée au domaine de la formation, l’analyse de Lev Vygotsky consiste à privilégier un environnement d’apprentissage maximisant les possibilités d’interactions dans le groupe d’apprenants. Les discussions, le travail collaboratif, le partage d’impressions, les retours d’expérience doivent y occuper une place essentielle. C’est la définition même du Social Learning contemporain !

La théorie de l’apprentissage situé

 

Les travaux de Bandura et de Vygotsky sont les piliers d’une autre analyse qui valorise le Social Learning : la théorie de « l’apprentissage situé », initiée au début des années 1990 par l’anthropologue sociale Jean Lave et son étudiant Etienne Wenger.

Lave et Wenger réaffirment que l’interaction sociale occupe une place centrale dans le processus d’apprentissage. D’après eux, ce processus se produit dans toute activité humaine et à tout moment, par observation des problèmes rencontrés, de la façon dont la théorie est mise en application, et du rôle joué par l’apprenant lui-même.

 

Du contexte et du concret

Le modèle d’apprentissage de Lave et Wenger est dit « situé » parce qu’il prend place dans le contexte-même où il sera ensuite utilisé, et en est indissociable. Au sein de ce contexte, ils soulignent que le savoir est co-construit au cœur d’une « communauté de pratique » où les élèves apprennent les uns des autres.

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Cette théorie a notamment été développée à partir de l’observation des comportements des communautés d’apprentis autour d’un maître artisan. Afin de devenir des professionnels compétents, les apprentis acquièrent en effet leur savoir-faire directement sur le lieu de travail, par observation, participation et collaboration. 

D’autres exemples ? Les ateliers et workshops, ou encore les jeux de rôle en contexte réel, peuvent entrer dans ce cadre.

 

Ces théories ont permis d'étudier et analyser de façon inédite de nouvelles manières d'apprendre. Ces travaux ont fait avancer de nombreux secteurs et ce, de manière très positive. Aujourd'hui, le digital vient se greffer au Social Learning et nous ouvre à de plus grandes possibilités. La question d'apprentissage social est en constante évolution et qui sait quelle grande avancée nous attends demain !

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